![]() | Monarque Fier Hérétique Mankind's Demise Records, 2007 | |
L'intérêt de la scène québécoise (tout du moins, d'une majeure partie) est qu'elle n'hésite pas à s'exprimer en français. Là où beaucoup trop de nos compatriotes choisissent l'anglais pour diverses raisons avariées, les Québécois secouent énergiquement le drapeau bleu et blanc à fleurs de lys à la face du Canada. La lutte des deux langues officielles du pays des caribous aura permis à une génération de se faire le porte-étendard de la défense de ses traditions. C'est un point d'attraction tout à fait primordial pour moi, car je pense que le black metal doit s'exprimer dans la langue maternelle du groupe, en profitant de notre oreille habituée à de nombreux dialectes dans le genre. La dévotion se hurle avec ses tripes et dans sa langue, sans la déformation et le camouflage de la traduction, pour vraiment être personnelle. Après, les Québécois forcent probablement trop le trait en traduisant tous les anglicismes, comme "metal noir cru". Mais revenons à notre mouton.
Monarque est un projet récent, né en 2005 de la plume du bien-nommé Monarque. Le projet enchaine alors les sorties: la démo Ad Nauseam en 2005 (qui vient tout juste d'être réenregistrée et rééditée chez Sepulchral avec des inédits), Fier Hérétique en 2007 considéré comme un MCD ou un album selon l'interlocuteur, le live/compil de matériel démo Desecration en 2008 et, toujours en 2008, deux splits (un avec Blackwind et un avec le Finlandais Mortualia). Outre cette actualité riche, Monarque grimpe surtout en réputation dans la contrée des trappeurs, enchainant aussi bien les sorties que les prestations live. Bref, ça marche plutôt bien pour Monarque et ses quatre acolytes de session.
Et à l'écoute de ce premier album/MCD, cette réputation est tout à fait justifiée. Baignant dans les eaux fangeuses du black dépressif, Monarque en récupère la gangue sonore pour créer un hommage aux primales vibrations du metal noir crû (ouais, faut s'adapter). La filiation à Burzum et Darkthrone transpire des cinq (vrais) titres de Fier Hérétique. Le titre éponyme est d'ailleurs absolument énorme, avec des enchainements de riffs lumineux qui annoncent l'intervention de la Mort. Le froid des contrées nordiques du nouveau monde envahit l'espace. Fier Hérétique est un souffle glacé annonciateur de la déchéance de notre espèce, ce qui ne peut qu'attirer l'amateur d'art noir tel un papillon de nuit.
La production concorde parfaitement avec la composition. Les fréquences mediums seront mises à contribution par le grésillement des guitares. La voix est écorchée, sans rentrer dans le trop banal hurlement déchiré. Les coups secs de la batterie et la pulsation de la basse portent l'ensemble. Classique, mais très efficace et adapté pour les titres proposés. A noter que c'est François Fortin qui s'est chargé de la production en 2007, comme il l'a fait pour Demain, l'Apocalypse de Blackwind l'année suivante. Les deux groupes ont partagé bien plus qu'un split au fil des ans et partagent encore.
Fier Hérétique n'est certainement pas l'album de la décennie. Il ne prétend rien révolutionner (pour ça, je ne chercherai d'ailleurs pas au Québec), mais il parvient à cuisiner les anciennes recettes à sa sauce. Monarque est un projet à suivre et je viens d'ailleurs de commander la réédition d'Ad Nauseam. En désespérant de les voir un jour sur scène, il serait bête de ne pas profiter des sorties. Seule faute de goût, le nom du label est en anglais!!
Tracklist (40:14)
01 – Introduction: Ces Charognes Eparses (0:46)
02 – Fier Hérétique (6:18)
03 – Le Vent du Nord (6:46)
04 – Un Passage dans la Vallée (instrumental) (4:15)
05 – Extinction (6:22)
06 – Marches Funèbres (6:34)
07 – Conclusion: Isolation (1:29)
Profil MySpace officiel : http://www.myspace.com/monarque
Site officiel : http://www.productionsheretiques.com/monarque
