| Blut Aus Nord Memoria Vetusta I - Fathers of the Icy Age Impure Creations Records, 1996 | |
Vindsval crée le projet en 1993 sous le patronyme Vlad. Après deux démos ("In The Mist" et "Yggdrasil", qui valent déjà le détour), le sieur renomme son projet Blut Aus Nord, qui signifie "Sang du Nord" même si la grammaire en est incorrecte. "Ultima Thulée" sort en 1995 chez Impure Creations Records, un label dédié au black metal qui deviendra Velvet Music International quelques temps plus tard et qui sortira les premiers efforts d'Yyrkoon, Necromicon, Wallachia, Mundanus Imperium et les sous-projets de Vindsval (dont l'excellent album de The Eye et le très moyen MCD de Children of Maani). J'avoue ne pas être fan de "Ultima Thulée" que je trouve trop difficile d'accès à cause de sa non-production.
C'est en 1996 que sort le second album de BAN dont le titre s'étale en haut de cette page, toujours chez Impure Creations Records. Ce deuxième opus bénéficie alors d'un minimum de promotion et c'est d'ailleurs au détour d'un encart publicitaire que mon œil a été accroché par cette superbe pochette (tiré du tableau "Les Enfers" par François de Nomé). C'était le bon temps de la commande-découverte sans écoute préalable, alors hop "allô Adipo". Et là, c'est le drame…
Plongé dans la scène nordique jusqu'au cou, je ne m'attendais à trouver une telle froideur et une telle agressivité dans notre Nord à nous. La production râpeuse et dense est une gangue qui capture l'auditeur et l'entraîne dans les tréfonds d'un monde glacial en pleine mutation. Le mur sonore ne laisse apparaître que des vagues de mélodies sur lesquelles surnagent des guitares acérées et une voix criarde et haineuse. BAN s'empare du black scandinave le plus malsain pour en tirer un raw de première bourre avec énormément de personnalité.
Le génie de Vindsval est de ne pas s'être cantonné à placer un alignement de blasts pour jouer la brutalité. Au milieu du déferlement rythmique, BAN ose également le break plus aérien, avec un lead lent et une voix claire fantomatique qui hurle à pleins poumons son désespoir. Les titres profitent pleinement de ce contraste entre la rage des rythmiques blastées et la mélancolie profonde des parties plus lentes. C'est là que BAN fait totalement mouche et ne lâche plus son emprise jusqu'à l'ultime minute, celle qui ramène au début du cycle. Chaque titre est indispensable dans un album sans erreur qui joue sur les deux facettes du groupe, en proposant des riffs moulinés à la patte Vindsval.
Car côté riffs, le bonhomme impose son jeu. Encore aujourd'hui, j'ai l'impression de tomber sur un mur à l'écoute du break thrashy de la première partie de "Sons of Wisdom, Master of Elements" (celui avec le chant clair justement) ou bien sur les riffs plus viking du titre éponyme. Quand je parle de mur, j'évoque ce genre d'enchainements qui frappe l'esprit. Celui dont on se dit qu'il est tout à fait logiquement à sa place, qu'il est lumineux quand on l'écoute et qu'on est un peu jaloux de ne pas l'avoir pondu. Je ne sais pas trop ce que Vindsval aimait dévorer à l'époque, peut-être du Immortal croisé avec du Enslaved, peut-être du plus UG. Le résultat est encore aujourd'hui impressionnant de maturité et d'une personnalité qui demeure unique. Chaque titre est un bloc de riffs dont l'assemblage s'envole vers l'excellence au fil des mesures pour laisser sur le cul de par l'ambiance dégagée.
S'ajoute à ce florilège de compliments, un travail rigoureux de mise en place. Hormis pour les parties de basse (6 cordes, siouplait) où Vindsval se fait épauler d'un compère, le bonhomme tient à lui seul toute l'instrumentation. Et c'est nickel en place. Aucune approximation ne vient troubler l'immersion totale dans ce monde misanthropique, aussi bien dans l'exécution des riffs les plus rapides que la mise en place des leads les plus mélodiques.
Fermez les yeux et vous vous retrouverez complètement seul dans un monde désolé, debout au milieu d'une plaine battue par les vents, là où le corps s'abandonne avec délice à un froid qui le pénètre jusqu'aux os. Alors que les amateurs ont les yeux rivés vers les rivages scandinaves, c'est bien de chez nous que provient une des œuvres les plus extrêmes de 1996. Une œuvre qui a largement gagné son intemporalité et qui pèsera dès sa sortie sur les épaules de BAN. C'est donc dans une direction différente que s'orientera le très brutal "The Mystical Beast of Rebellion" en 2001 (5 ans plus tard !!). Pour retrouver ce BAN-ci, il faut se pencher sur "Supremacy" de The Eye de qui vous savez, sorti en 1997. Et on nous fait aujourd'hui miroiter un retour aux sources avec "Memoria Vetusta II". Seuls les croyants savent que Dieu existe…
Tracklist (45:14)
1 - Slaughterday (the Heathen Blood of Ours) (6:50)
2 - On the Path of Wolf.. towards Dwarfhill (5:46)
3 - Sons of Wisdom, Master of Elements (6:07)
4 - The forsaken Voices of the Ghostwood's Shadowy Realm (6:01)
5 - The Territory of Witches / Guardians of the Dark Lake (8:12)
6 - Day of Revenge (the impure Blood of Theirs) (5:16)
7 - Fathers of the Icy Age (7:00)
Site officiel : http://www.e-c-h-o-e-s.com/ban/index.html