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  • : Le Blog du Gâteau Se© résume toutes les parutions que j'ai pu commettre sous le pseudonyme de Prince de Lu. Des liens vers mes chroniques, live reports, interviews.
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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 16:58


CULT OF ERINYES est une formation belge signée chez le label français Les Acteurs de l'Ombre Productions. C'est à l'occasion de la sortie de leur premier album "A Place to Call my Unknown" que votre serviteur a réalisé une interview pour Hard Rock Magazine (n°34).

 

Etant donné que Guillaume a déjà réalisé une interview du groupe à la même période pour VS, je publie dans mon coin l'intégralité de l'entretien qui a servi de base pour l'article. Enjoy!



Prince de Lu : Peux-tu nous raconter la genèse de Cult of Erinyes? Comment trois membres de Psalm ont-ils envie de s'éloigner de l'univers black/death de leur groupe?
Corvus (guitare) : Cult of Erinyes est né fin 2009. A la base, c’était un projet solo ambiant mais rapidement, il est apparu évident que le ton musical se durcirait. Mastema et Baal m’ont alors rejoint pour former le groupe tel qu’on le connaît aujourd’hui. La volonté de créer une entité oppressante et instinctive est inscrite en moi depuis plus de dix ans, donc bien avant Psalm. Je ne vois pas le Culte comme un éloignement d’un univers mais plutôt comme un rapprochement à mes racines et à ce que j’ai toujours été.

Pourquoi avoir opté pour un nom en lien avec la mythologie grecque? Peux-tu nous en dire plus sur ce culte des Erinyes? Doit-on aussi en déduire que le groupe restera un trio?
Je pourrais te parler des heures du pourquoi et du comment, mais pour faire court, je dirais que les Erinyes rompent avec le dualisme et l’idéalisme en se plaçant d’une part entre la réalité et le supposé et en valorisant la réalité physique d’autre part. La mythologie entourant ces entités est largement en avance sur son temps, puisqu’elle place l’homme devant sa réalité et lui fait assumer celle-ci de son vivant. Je renvoie le lecteur à la toile de Bouguereau « Les remords d’Oreste » pour avoir une image forte de ce concept. Par rapport à la formule du trio, c’est à mes yeux la plus « pure » et si des intervenants extérieurs sont envisageables, il est important à mes yeux que Cult of Erinyes reste une trinité, car ce mode de fonctionnement est inscrit dans l’âme du groupe.

Vous avez annoncé début février votre première date live en avril. CoE est-il un groupe amené à faire d'autres concerts ou est-ce un projet principalement studio?
Le concert que tu évoques n’a pas eu lieu, Kvarforth ayant quitté Bethlehem (qui devait assurer la tête d’affiche), qui se retrouve donc sans chanteur. A l’origine, nous voyions le groupe comme un projet studio, mais le Culte était alors bien plus ambiant qu’il ne l’est aujourd’hui. Nous sommes donc ouverts à l’idée de jouer live, et je suis d’ailleurs en discussion pour quelques dates au deuxième semestre 2011. D’autre part, nous travaillons toujours sur des images et séquences qu’on diffusera pendant le concert, afin de renforcer l’impact de la musique.

Comment se déroule la composition dans CoE? Chaque membre du groupe participe ou un compositeur principal (Corvus?) amène l'essentiel des riffs?
Les rôles au sein du Culte sont clairement définis, et le mien est pour le moment d’amener toute la musique. Mais il est évident qu’avoir un batteur de la trempe de Baal me permet de voir large en termes de composition, tout comme la faculté que possède Mastema de placer son chant pour ainsi dire instinctivement permet au groupe d’avancer très efficacement. Je garderai probablement le contrôle sur la musique, mais je ne suis pas un tyran, très loin de là, et certaines chansons ont d’ailleurs sensiblement évolué suite aux conseils de Baal ou Mastema.

En écoutant l'album, je pense à des références assez modernes qui cherchent les atmosphères avant tout, que ce soit Deathspell Omega, Shining (pour le côté "grand écart" musical par moment) ou Glorior Belli. Quelles sont les références musicales, les inspirations de CoE? Appréciez-vous la scène suédoise dite "orthodoxe"?
Trouver notre univers est bien entendu notre principal objectif ; l’Ep et le cd sont les premiers pas vers cette quête. J’écoute de tout du moment que je ressente une âme derrière la démarche. Cela va des groupes que tu cites aux vieux Allman Brothers ou Lynyrd Skynyrd, voire à Darkspace ou Blut Aus Nord, sans oublier Devin Townsend, qui est sans doute le plus grand artiste de ces dernières décennies. Pour ma part, j’ai plus été marqué par le Storm of The Light’s Bane de Dissection que par la scène qui en a découlé. Je ne suis pas trop fan des dernières sorties de cette scène suédoise, qui tourne quelque peu en rond (à l’exception de Craft). Le terme orthodoxe me dérange, et ne correspond pas au mode de pensée et de fonctionnement de Cult of Erinyes, même si je comprends la filiation d’un stric point de vue musical.

Peux-tu nous en dire plus sur l'enregistrement de l'album? Avez-vous, comme pour le premier EP, mélangé des prises "maison" avec un travail en studio pro?
95% de l’album a été enregistré au Blackout Studio ; seuls quelques bidouillages sonores éthérés viennent de mon home studio. Le Blackout est l’endroit idéal, du moins selon moi, pour enregistrer de la musique extrême. Phorgath a l’oreille du musicien plus que de l’ingé-son qui te fera un son puissant mais sans âme. Il nous a de plus encouragé à expérimenter sur certains passages, et a joué un rôle important dans le développement de certaines ambiances, comme la partie lead à la fin de l’album, qui renvoie plus au psychédélisme qu’au Black Metal proprement dit.


Vous avez un son black résolument moderne également, dans l'esprit de ce qu'on peut trouver en Suède. Quels sont vos objectifs en termes de production? Comment désirez-vous que cela "sonne"?

Le son moderne sous-entend un gros travail de prise de son en studio, avec beaucoup de retouches. Or tous les instruments ont été enregistrés en seulement 4 jours, et la basse fut pour ainsi dire purement et simplement improvisée. Donc je ne pense pas qu’on soit si moderne que cela. Nous n’avons pas couru derrière la perfection sonore, mais derrière l’ambiance sonore ; aucun élément n’est mis en avant, pas même les quelques parties dites « lead » ou le chant. Nous avons voulu créer un flux noir et oppressant, afin que l’auditeur garde en bouche un arrière-goût dérangeant mais qui en même temps lui donne envie d’en reprendre. La perfection tue la musique extrême, et l’oreille attentive percevra ce que les bonnes mœurs du son présenteront comme des défauts sur l’album, alors que c’est justement ce qui pimente l’écoute des morceaux.

Psalm a commencé dans un style plus metal avant de s'orienter vers le black/death. CoE propose maintenant un black gorgé d'atmosphères qui est assez dans le vent. N'as-tu pas l'impression de suivre un peu le mouvement? Quelles sont les qualités de CoE que tu pourrais me retourner dans la gueule pour me convaincre que le groupe a une identité forte? (oui, c'est la question pourrie)
Suivre le mouvement ? Si c’était le cas, Psalm serait devenu un groupe se prostituant tous les week end sur les routes avec des groupes sans aucune vision. Psalm a choisi la difficulté, quid à se saborder. D’autre part, si Cult of Erinyes n’a pas la prétention d’être original, nous avons des éléments propres comme des parties de basse fretless, un aspect lead bien dosé, quelques sonorités « bizarres » provenant de mélanges improbables (bottleneck sur une basse fretless distordue par exemple) mais aussi un chanteur au spectre vocal très large et un batteur qui provient du jazz et a des parties plus intéressantes que ce qu’on est amené à entendre habituellement. Enfin, je te dirais que nous jouons avec nos tripes plus qu’avec nos têtes, et que notre démarche musicale est spontanée, et je pense que cela s’entend. Je laisse cependant le soin aux lecteurs de se faire une opinion sur notre musique.

Quels sont les thèmes abordés dans les textes de CoE? Vous sentez-vous investi d'un message ou habillez-vous simplement votre musique avec des mots choisis?
Les thèmes de prédilection sont l’Histoire mais également l’occultisme (qui n’apparaîtra pas au premier niveau de lecture, car ce serait trop facile) et l’interdit, le non tangible. Nous voulons dépasser le dualisme qui pollue la pensée commune (y compris la pensée dite subversive), pour voir plus loin. De là à être investi d’un message ? Le langage est en soi une métaphore, et met donc le réel en scène à partir de codes, partagés ou non. Nous ne faisons que proposer une interprétation du réel par l’intermédiaire du langage (du moins dans les textes). Mais jamais cette interprétation ne sera perçue telle qu’on la ressent. Avoir un message, c’est espérer être compris, et nous ne vivons pas au crochet de cette espérance qui relèverait de la prétention.

Vous avez dévoilé la pochette du premier album. Si on reste dans un paysage enneigé et montagneux assez classique, cette cover dégage également un côté mystérieux. Avez-vous guidé le travail de David Delander? Comment avez-vous collaboré avec lui? Est-il également responsable du reste de l'artwork, et celui-ci sera-t-il dans le même esprit?
La pochette mais aussi l’intérieur du livret sont issus de photos prises par Mastema lors d’un voyage en Islande. David Delander a retouché les photos pour leur donner un caractère abstrait collant mieux à la musique comme nous le voulions. Il était important que l’arwork soit le prolongement de la musique et c’est pour cela qu’on l’a « guidé ».


Pourquoi avoir choisi de signer avec les Acteurs de l'Ombre et ne pas avoir continué avec Dunkelkunst Records? N'y avait-il aucune structure prête à vous accueillir en Belgique?

Ce n’est pas que nous n’ayons pas voulu continué avec Dunkelkunst. Le digipack de Golgotha est d’ailleurs un splendide objet témoignant du professionnalisme de ce label russe. Je suis en contact avec Les Acteurs de L’Ombre depuis le tout début du groupe, et il était évident que ce label serait privilégié pour un album complet. J’ai toujours suivi mon instinct pour le Culte, et celui-ci me disait que Les Acteurs de L’Ombre était la meilleure solution, tout simplement. Il aurait été stupide de penser en termes de frontières ; cela aurait été la meilleure façon de foncer droit dans le mur car la Belgique n’a pas de label extrême qui fait plus que le pressage. Et lorsqu’un label ne fait que le pressage, autant le faire soi-même !

Dans le contexte actuel très morose concernant les ventes de disques, n'avez-vous pas été tenté par l'auto-production?
Si nous n’étions pas tombés sur Caverna Abismal et Dunkelkunst pour l’ EP, nous l’aurions publié par nos propres moyens, c’est certain. Il en est de même pour l’album. Mais dans tous les cas, nous n’avons pas eu de période de recherche, puisque Golgotha a trouvé preneur avant son enregistrement, et A Place To Call My Unknown a directement plu aux Acteurs de L’ombre Productions. Avec du recul, je me rends compte à quel point nous avons de la chance, tant beaucoup de groupes de qualité restent sur le carreau, souvent par manque d’audace de la part des labels qui, pour la plupart, ne remplissent plus leur rôle de découvreur de talent. On connait quelques groupes "classiques" de la scène belge, mais finalement assez peu.

Quels groupes belges conseillerais-tu aux lecteurs de HRM?
En Black Metal, je dirais Winterblind (splendide groupe flamand mélangeant Opeth et Dissection) et Gorath, tant ce groupe se remet constamment en question. Dans un genre plus Death, je conseille aux lecteurs de Hard Rock Magazine de garder le nom « Dehuman » en tête, tant ce quintet bruxellois vient d’enregistrer une tuerie mêlant le meilleur du death oldschool avec des leads d’une grande qualité et un chant rappelant Death.

Quelle est ta relation avec internet? Est-ce un outil de promotion obligatoire ou un terrain de jeu sur lequel tu trouves ton compte?
Internet a tué la musique en tant qu’ « art ». La qualité se noie dans la médiocrité, la durée de vie des groupes est de plus en plus courte, puisque le gouffre financier finit par avoir raison des plus motivés, et la facilité du téléchargement a détruit le plaisir d’aller chez le disquaire et de faire des découvertes. L’ « objet » s’est perdu, même s’il semble qu’il y ait un regain d’intérêt pour le vinyle, ce qui est la preuve que tout le monde n’est pas à la botte de la Toile. D’un autre côté, la perte de tout enjeu financier aura peut-être comme conséquence de recentrer les groupes extrêmes vers la seule musique. Il serait intéressant de reposer la question dans dix ans. D’un point de vue promotionnel, Internet est devenu indispensable c’est évident, mais la musique se portait bien mieux avant  son avènement !

En quelques mots, peux-tu nous expliquer pourquoi tu choisis l'une ou l'autre (ou les deux, ou aucune) des options suivantes:
Thrash américain ou thrash allemand?
Américain, rien que pour Exodus !
Death suédois ou death américain?
Death américain, car il a cet élément noir (Angelcorpse, Morbid Angel etc.) qu’on retrouve moins dans le Death suédois.
Black scandinave ou black sud-américain?
Black scandinave. Même si l’aspect souvent sauvage (sans que cela soit péjoratif) du Black sud-américain a son charme.
Black américain ou black slave?
Black slave, merci Roman Saenko.
Groupe d'ouverture du Hellfest ou tête d'affiche dans un club enfumé?
Le club enfumé. Chaque club a un charme, une histoire, alors que tous les gros festivals, au final, se ressemblent.
BC Rich ou Ibanez?
Je ne jure que par ma Gibson SG pour la guitare et ma Mayones pour la basse. Cependant, à choisir, je dirais Ibanez, pour la série ATK.
Satan ou Lucifer?
Lucifer. L’étymologie liée à ce nom résume à elle seule pourquoi.
Sucré ou salé?
Salé, parce que ça laisse un arrière-goût.
Bière belge ou bière allemande?
A ton avis ;=)

Merci à toi pour ton temps et tes réponses. Si tu veux ajouter quelques mots ou faire passer un message, c'est le moment.
La conscience n’est dans le chaos du monde qu’une petite lumière, précieuse mais fragile. S’il ne peut être commémoré, qu’il soit au moins cité ! Merci à toi pour l’interview !

(P.S. : la presse magazine Metal, à cause des impératifs économiques qu’on ne retrouve pas chez les groupes extrêmes, ne suit-elle pas plus le mouvement que les groupes extrêmes qu’elle interviewe ? (c’était la réponse pourrie sans rancune ;=) )

(sans rancune!!)

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